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Découvrir la nature avec nos yeux d’expert.e.s

Parce que tu te demandes qu’est-ce qui se passe dans un cocon de papillon, comment se forme une tornade et comment les plantes communiquent... L'équipe de naturalistes de GUEPE a décidé de répondre à toutes tes questions, car la nature, ce n’est pas un mystère, c’est une science! Un.e naturaliste c’est quoi? En gros, c’est un.e spécialiste dont la mission première est de vulgariser les différentes sciences de la nature.

Chaque mois, on te présente une vedette, animale, végétale ou autre (oui, oui!), en plus des sujets préférés de nos naturalistes. Reste donc bien connecté.e. On va répondre aux questions de notre lectorat (incluant les tiennes) et on va aussi te proposer des places à visiter, des actions à poser, des trucs à voir et à lire. 

On te souhaite une bonne exploration de la nature!

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Ces intrigants lichens

Tu profites de ta randonnée pour observer les plantes qui se préparent tranquillement à l’hiver. Sur un rocher qui borde le sentier, tu remarques ce qui ressemble à une mousse, mais qui n’en est pas une. De quoi s’agit-il?

À peine arrivé(e) dans la forêt, tu te sens déjà bien. Les arbres de l’automne sont parés de leurs plus belles couleurs et les feuilles commencent à tomber par terre à cause du vent. Tu profites de ta randonnée pour observer les plantes qui se préparent tranquillement à l’hiver. Sur un rocher qui borde le sentier, tu remarques ce qui ressemble à une mousse, mais qui n’en est pas une. De quoi s’agit-il? C’est sans doute ces intrigants lichens!  

Ce joyau de la nature, ces organismes uniques, complexes et fascinants qui réunissent deux êtres vivants dans une histoire d’amour incroyable. Sans sombrer dans l’anthropomorphisme*, les lichens peuvent parfois passer inaperçus. Ils ont pourtant toute une palette de couleurs et des formes variées, en plus d’être complètement mystérieux. Tout ce qu’il faut pour attirer l’attention!

C’est quoi du lichen?

Les lichens, contrairement aux plantes, n’ont ni feuilles, ni tiges, ni racines. Ils sont composés d’une structure appelée thalle. On les retrouve sur les roches, le sol, les arbres, les bâtiments, etc. Ils ne font pas les difficiles!

Disons que les lichens sont le résultat d’une symbiose entre un champignon et une algue ou parfois une cyanobactérie. Les deux partenaires sont essentiels, car l’un ne peut vivre sans l’autre. Le champignon offre eau, sels minéraux et protection en échange des nutriments produits par la photosynthèse de sa compagne. « Les lichens sont essentiellement des champignons qui pratiquent la culture, explique le Musée Canadien de la nature. En effet, le champignon vit avec un partenaire – une algue, une cyanobactérie, ou des deux – dont il tire son énergie. »**  

Ils sont aussi de véritables rois de la résilience! Ils peuvent passer plusieurs mois complètement secs, sans eau, et se ranimer lorsque les conditions sont favorables. Certaines espèces peuvent même survivre plus de 5 ans dans des conditions complètement sèches. Autre anecdote : des individus pourraient atteindre jusqu’à 8 600 ans…

Comment se reproduisent-ils?

Bonne question! C’est assez spécial de penser à la reproduction des lichens. Il s’agit tout de même d’organismes composés de deux êtres vivants! Avec plus de 20 000 espèces à travers le monde, il y a plein de méthodes différentes. En général, ils ont deux méthodes : sexuée et asexuée. La reproduction sexuée implique un brassage génétique. Pour faire simple, le champignon produit des structures qui développeront des spores. Ceux-ci devront partir à la recherche d’une algue adéquate pour donner des petits bébés lichens!  

La reproduction asexuée créée de véritables petits clones. Elle est assurée par la fragmentation du lichen en morceaux. Ces fragments sont transportés ailleurs par le vent ou la pluie et peuvent coloniser de nouveaux milieux lorsque les conditions sont favorables. Certaines espèces utilisent aussi des organes spécialisés qui produisent des petits grains appelés sorédies, qui contiennent à la fois le matériel génétique du champignon et de l’algue.

Et les lichens du Canada?

Les lichens couvrent 7 % de la surface de la Terre, entre la forêt tropicale, le Grand Nord et le mur de ta maison, ils sont partout. On en compte plus de 2500 espèces dans le pays, dont la cladonie étoilée. Cette espèce est le menu favori des caribous pendant l’hiver et pousse dans toutes les provinces et territoires du Canada.  

Notre lichen national

Sur le sol forestier boréal, impossible de la manquer, elle ressemble à des choux-fleurs vert jaunâtre. Elle est plutôt facile à reconnaitre.  

Des espèces fragiles et importantes

En ville, les lichens peuvent nous informer de la qualité de l’air. Le Musée canadien de la nature** ainsi que plusieurs scientifiques les comparent même aux canaris que les mineurs apportaient avec eux dans les mines pour servir d’indicateurs de la présence de gaz toxiques. L’oiseau suffoque = il faut sortir d’ici! Au même titre que le canari, la concentration des polluants dans l’air, comme le SO2 émis par les voitures, impacte directement la survie des lichens. D’ailleurs, depuis le 19e  siècle, l’augmentation de la pollution de l’air les a grandement influencé. C’est parce qu’ils ne possèdent pas la couche qui protège les autres plantes, la cuticule, alors ils sont dépendants de la qualité de l’air. Ainsi, plusieurs espèces de lichens disparaissent lorsqu’il y a trop de pollution. De nombreuses études utilisent alors les lichens en tant que bio-indicateurs pour évaluer la salubrité de l’air : c’est ce qu’on appelle la biosurveillance!  

En ville comme dans la forêt, les lichens ont aussi de nombreux rôles écologiques. Ils sont parmi les premiers colonisateurs de milieux arides. Ils sont aussi les premiers à s’installer et créent un milieu plus fertile pour d’autres organismes. Ces véritables pionniers stabilisent aussi le sol en plus de prévenir l’érosion. Pour les animaux, ces organismes fournissent nourriture, abri et camouflage. Les caribous les mangent, les oiseaux les utilisent pour leur nid, les humains s’en servent comme teinture ou en médecine… Wow!

Pour ta prochaine randonnée en forêt, prends le temps d’observer ces organismes magnifiques! Mais attention par contre, ils sont plutôt fragiles. Certaines espèces poussent à peine 0,5 mm par année, alors il ne faut pas s’en servir comme coussin confortable pour le pique-nique!

NOTES

*L’anthropomorphisme, c’est attribuer des émotions ou des réactions humaines à d’autres entités comme des animaux, ou dans le cas suivant, à un champignon et à une algue, parce qu’il n’y a pas de limites à notre imagination!

**Tiré de l’article « Résultats du vote sur les lichens : Un lichen très recherché des caribous remporte le titre de lichen national » du Musée canadien de la nature.

Par Andréanne, éducatrice-naturaliste senior et coordonnatrice des activités Charlevoix

Sources images : Pixabay, Pixabay, Anders Wahl

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Le parasitisme

Quand deux espèces différentes interagissent entre elles, cela peut être bénéfique, c'est une symbiose, ou neutre, c'est du commensalisme, mais cela peut aussi avoir un effet négatif, c'est alors du parasitisme.

J’espère que ton costume est prêt parce que l’Halloween c’est bientôt! Pour te mettre déjà dans l’ambiance on t’a concocté un thème bien spooky! On l’a déjà vu : quand deux espèces différentes interagissent entre elles, cela peut être bénéfique, comme lors d’une symbiose, ou neutre pour un des partis, comme lors du commensalisme, mais cela peut aussi avoir un effet négatif lorsqu’on se trouve dans le cas du parasitisme.  

Le parasitisme, c’est lorsque qu’une espèce va tirer profit d’une autre, soit pour se nourrir, s’abriter ou encore se reproduire. Si tu as lu l’article sur les interactions biologiques, c’est la relation qui est #notcool. Il existe une multitude d’exemples de parasitisme dans le monde vivant. Aujourd’hui on te présente celui qui rentre le plus dans le thème de l’Halloween : les insectes zombies!

Si les insectes peuvent interagir entre eux, tel que les fourmis et les pucerons (ils ont une relation de mutualisme), il arrive aussi que d’autres êtres vivants interagissent avec les arthropodes. Ainsi un groupe de champignons du joli nom de cordyceps* interagissent avec un grand nombre d’insectes variés à travers la planète. Ce champignon va avoir besoin d’un insecte pour se développer, et pour arriver à ses fins il va devoir parasiter son hôte. Chaque espèce de cordyceps va ainsi parasiter une espèce d’insecte particulière!

L’histoire de la fourmi et du champignon

Prenons l’exemple d’une fourmi qui se promène dans la forêt amazonienne pour trouver de la nourriture. Sur son chemin elle va entrer en contact avec une petite boule qui se trouve être une spore de cordyceps. Le champignon, au contact de la fourmi, va se développer à l’intérieur de son corps en créant un réseau d’hyphes**. Cela va modifier le comportement de la fourmi qui éventuellement grimpera dans la végétation haute, tout en se faisant parasiter de plus en plus par le champignon. Arrivée en haut d’une branche ou d’une feuille, la fourmi finit par mourir à cause du champignon qui a pris trop de place dans son corps. Jusqu’à trois semaines plus tard, le champignon aura transpercé le corps de l’insecte pour que ses stromas*** s’érigent tout autour du cadavre. Du haut de la branche ou de la feuille, le champignon pourra alors libérer un grand nombre de spores, qui tomberont tout autour de la plante. Possiblement un nouvel insecte rencontrera une des spores, ce qui relancera la boucle du parasitisme! Digne des plus belles histoires d’horreur n’est-ce pas?

Tu te dis peut-être que cette histoire te dit quelque chose? C’est surement parce que tu as déjà joué à The Last of Us, qui reprend l’idée du parasitisme des cordyceps sur des humains! Mais ne t’inquiète pas, dans la réalité ces champignons ne sont nocifs que pour les insectes, parfois les araignées, ou même d’autres champignons. On est donc bien loin de devenir des zombies!

Les cordyceps

Si les cordyceps paraissent effrayants de par la façon dont ils parasitent les insectes, le résultat pourrait pourtant être presque beau, car il existe une incroyable variété de couleurs et de formes chez ces champignons, ce qui donne parfois des photos surréalistes!

Outre leur aspect intrigant, les cordyceps sont réputés comme bénéfiques pour les humains! Mais ce n’est pas le cas de toutes les espèces. D’ailleurs, inutile de chercher un cordyceps bénéfique dans nos sols québécois, on les trouve principalement en Asie. Pour aller récolter celui qui semble avoir des vertus médicinales, il faudra aller fouiller le sol chinois. Les larves de papillons zombifiées par Cordyceps sinensis et Cordyceps militaris y sont récoltées à la main. Elles sont repérées par leurs stromas sortant du sol. Ces larves zombies auraient de nombreux bienfaits tels que de meilleures performances sportives, une augmentation de l’énergie, de meilleures performances sexuelles ou encore le soulagement des maladies cardiaques et rénales. Ils sont donc vendues à un prix assez dispendieux à travers le monde! Cependant peu d’études scientifiques ont été faites sur les effets de ces espèces sur notre santé. Ces bienfaits ne sont donc pas encore prouvés.

En attendant de savoir si les insectes zombies deviendront la solution médicinale de demain, tu peux toujours organiser une soirée Halloween à thème Zombie et époustoufler tes invités avec ton costume d’insecte parasité!

NOTES

* Cordyceps est le nom initial du genre, qui s’est diversifié en plusieurs genres suite à de nouvelles informations moléculaires. Pour rester simple, on utilise ce terme pour ce groupe de champignons dans le texte. On retrouve plus de 600 espèces de cordyceps dans le monde!

** Les hyphes sont des filaments constituant le mycélium, la partie végétative du champignon, qui se trouve souvent sous terre dans le cas d’un champignon qu’on récolte au sol. Ils sont très fins et pas toujours visibles à l’œil nu, mais constituent la plus grande partie du champignon.

*** C’est la partie reproductrice des champignons ascomycètes. C’est l’équivalent du sporophore des champignons basidiomycètes, la partie que l’on mange et cuisine!

Par Julie, éducatrice-naturaliste senior

Sources images : Pixabay, Andreas Kay

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Quoi faire?
Coexister gentiment

Partout où on va, on change le paysage autour de nous. Il ne faut cependant pas oublier qu’on partage cet espace avec les quelques 8,7 millions* d’espèces qui habitent sur Terre.

Partout où on va, on change le paysage autour de nous. Il ne faut cependant pas oublier qu’on partage cet espace avec les quelques 8,7 millions* d’espèces qui habitent sur Terre. Entre humains, on arrive (généralement) à communiquer et à se faire comprendre, mais c’est toute une autre histoire si on essaie de communiquer avec les animaux ou les plantes! Pourtant, on en côtoie à tous les jours : des écureuils dans nos parcs, des plantes dans nos jardins, des araignées sur nos plafonds… En absence de communication, de consultation, de consentement, comment fait-on pour coexister et même interagir?

Alliés ou intrus?

Apprendre à partager notre espace avec des bestioles peut nous faire apprécier des formes de vie fascinantes qui, à première vue, peuvent nous répugner. Ceci, dans la mesure où elles ne nuisent pas à notre santé (à travers des risques de maladies ou de blessures, ou même de se faire voler notre nourriture). Pense à l’araignée sur ton plafond. Dire qu’elle n’a pas sa place dans ta maison parce que c’est chez toi fait abstraction du fait qu’il est normal en nature que plusieurs espèces partagent un même territoire dans la mesure où chacun a son espace et son rôle. D’ailleurs, elle est probablement là parce que tu as d’autres bestioles chez toi. Elle peut t’aider à contrôler leur présence. Ne la blâme surtout pas! Elle n’est pas consciente des notions de propriété qu’on attribue aux terrains et aux objets en tant qu’humains. Et je crois que tu aurais de la misère à lui expliquer même si tu le voulais.

Noble ou égoïste?

Par contre, vouloir donner à manger aux animaux, c’est une autre histoire. Ça peut sembler être gentil, mais en réalité c’est un geste plutôt égoïste. Les conséquences à long terme peuvent être nuisibles autant pour l’animal nourrit que pour l’humain. L’intention derrière peut sembler noble et généreuse. En réalité, c’est notre besoin relationnel et celui de côtoyer la faune qui s’exprime. Nourrir un animal risque de modifier son comportement envers les humains et de l’attirer en grand nombre. Ça peut ainsi entraîner une surpopulation de cette espèce dans le milieu avec tous les inconvénients que cela comporte, dont la transmission accrue de maladies, le plus grand risque de contact avec l’humain ou de collision avec les voitures, l’épuisement des ressources du milieu, etc. De même, l’installation d’une mangeoire à oiseaux est souvent un geste pour l’observation des oiseaux et non pour aider les oiseaux. Si on le fait, cela doit être consciencieusement pour éviter de leur nuire : il faut la remplir fréquemment et la garder propre, entre autres. Une mangeoire, c’est aussi donner un lieu de chasse pour les prédateurs, car c’est un lieu très fréquenté par des proies potentielles.

La valeur égale

Vouloir protéger des animaux c’est un geste que j’encourage. Cependant, il faudrait parfois se questionner sur les raisons qui nous motivent à protéger une espèce plutôt qu’une autre. C’est souvent parce qu’elle est plus mignonne ou parce qu’on la juge « gentille » qu’on veut la protéger. Toutefois, on ne devrait pas se laisser influencer par notre subjectivité. Un animal n’est pas plus important parce qu’il est mignon ou parce qu’il se laisse flatter. On ne devrait pas, non plus, qualifier un animal de méchant ou de moins important parce qu’il est un prédateur qui tue pour se nourrir ou qu’il mord un humain pour se défendre. Les normes comportementales et l’éthique humaines ne s’appliquent pas chez les animaux. Elles ne devraient donc pas servir de standard pour évaluer leur valeur. Au lieu, ne serait-ce pas mieux de protéger une espèce pour son rôle clé dans son écosystème? Ou parce que d’autres espèces dépendent d’elle?

Alors, la prochaine fois que tu vois une araignée sur ton plafond, ou même un scutigère dans ton placard, rappelle-toi qu’ils ne sont pas là pour te faire du mal et sois gentil(le)! Chaque être vivant mérite d’être traité avec respect dans la mesure du possible. Alors, si tu n’as toujours pas envie de les avoir comme colocataires, attrape-les et sors-les doucement dehors au lieu de les écraser!

NOTES

* 8,7 millions est le nombre d’espèces sur la planète selon l’estimation des chercheurs. Cependant, les techniques scientifiques évoluent et l’estimation pourrait, un jour, changer aussi. Malgré cette estimation, nous avons seulement identifié environ 1,2 millions d’espèces jusqu’à présent. Il nous en reste encore beaucoup à découvrir!

Par Philippe, éducateur-naturaliste senior

Sources images : Stan Ze, Pixabay, Pixabay

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Vedette du mois
Le sol : un monde méconnu

Qui se douterait qu’en dessous de nos pieds se trouve un monde méconnu qui fourmille de vie? Qu’en prenant le temps d’observer et d’apprendre à connaitre le sol, on comprendrait qu’il y a tout un univers à découvrir?

Qui se douterait qu’en dessous de nos pieds se trouve un monde méconnu qui fourmille de vie? Qu’en prenant le temps d’observer et d’apprendre à connaitre le sol, on comprendrait qu’il y a tout un univers à découvrir? Petits mammifères, vers de terre et champignons sont parmi les organismes vivants qui peuplent ce milieu dynamique.  

Le sol, c’est quoi dans le fond?

Le sol, c’est la partie la plus externe de la croûte terrestre qui a été altérée par les phénomènes atmosphériques, comme le vent et la pluie ou par les êtres vivants. Il est constitué de divers éléments, dont l’air, l’eau et d’éléments minéraux présents en proportions variables. Les particules minérales peuvent être de tailles différentes : sables, limons et argiles. Des composés organiques provenant de cadavres de plantes ou d’animaux, par exemple, s’y retrouvent également. Lorsque ces matières organiques sont décomposées, on appelle ça de l’humus. Mais les sols ne sont pas tous pareils.

Dans un désert comme le Sahara par exemple, il y a du sable à perte de vue et on y retrouve peu d’organismes vivants. Tu peux donc imaginer que le sol du désert est principalement minéral, donc pauvre en matières organiques, et non fertile. Même que, selon certaines définitions*, on considère que le sol doit avoir une certaine proportion de matières organiques. Le sable du Sahara, ce ne serait donc pas un sol! Selon le même type de définition, la tourbe qui ressemble au sol des tourbières n’est pas un sol non plus  étant donné qu’il s’agit de matière organique qui se décompose hyper lentement et s’accumule.

En tout cas, la poussière accumulée dans le coin de ton salon, que tu n’as pas eu le temps de ramasser depuis la semaine dernière, ce n’est certainement pas ça le sol! Le sol est donc un savant mélange d’éléments abiotiques (non-vivant) et biotiques (vivant). Enfin, le sol, ce n’est rien de moins qu’une composante essentielle à la vie sur terre.  

Un milieu vivant

Des micromammifères, des insectes (dont les fourmis), d’autres arthropodes, des mollusques et des vers de terre sont quelques-uns des habitants du sol. Les rongeurs, comme les tamias, creusent des réseaux de galeries qui servent à la fois à les abriter, mais qui permettent aussi à l’eau et à l’air de pénétrer plus en profondeur. Parmi les invertébrés, certains se nourrissent en surface et permettent de décomposer la litière organique. Il y a aussi les fameux vers de terre! Chaque nuit, ils creusent des terriers verticaux et brassent le sol. Les parties minérales sont alors mélangées avec les parties organiques.  

Du côté des organismes qui sont invisibles à l’œil nu, il y a aussi toute une diversité! Les bactéries sont légion et elles jouent des rôles primordiaux dans les écosystèmes. D’une part, elles participent à la consommation de la matière organique. D’autre part, certaines peuvent fixer de l’azote, un minéral essentiel à la croissance des plantes. Les actinomycètes, un groupe de bactéries qui ont un aspect filamenteux, décomposent la matière organique. Fait intéressant : ils produisent aussi des antibiotiques!  

Enfin, il y a aussi les champignons, qui ont des rôles très variés. Ils permettent, entre autres, d’assurer la cohésion des particules du sol grâce à leurs hyphes. Ce sont des filaments individuels, formant un réseau s’appelant le mycélium. Ces derniers forment des filaments fins qui parcourent de sol et s’associent même aux plantes à travers la relation symbiotique qu’on appelle la mycorhize!  

Des travailleurs essentiels

Le sol est un écosystème complexe qui est constitué d’une panoplie d’êtres vivants. Tous ces travailleurs de l’ombre participent à offrir un sol riche et en santé qui permet d’accueillir la vie sur Terre. Les sols remplissent également de nombreux rôles écosystémiques : production de nourriture, régulation du climat, fixation du carbone, etc. Pour la protection des sols, les défis sont nombreux : érosion, pollution, destruction… « La dégradation des sols, la perte de biodiversité et le changement climatique sont trois facettes du même important défi : l’impact de plus en plus dangereux de nos choix sur notre environnement naturel », explique Robert Watson, président de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques). Prendre conscience de l’importance des sols est le premier pas vers leur protection. Ce monde sous nos pieds est dynamique, riche et vivant!  

NOTES

* Il y a plusieurs définitions pour expliquer ce qu’est le sol. D’une part, il s’agit de la surface de la terre, celle sur laquelle on construit, on conduit, on vit, peu importe sa composition. C’est probablement celle qui est utilisée par la plupart des gens. D’autre part, différents experts scientifiques, tels que les pédologues (ces scientifiques qui étudient le sol) ou même les agronomes, ont une définition un peu plus spécifique du sol. Ici, on t’épargne quelques détails, mais on fait surtout référence à une définition plus spécifique.

Par Andréanne, éducatrice-naturaliste senior et coordonnatrice des activités Charlevoix

Sources images : Pixabay, Gilles Gonthier, Pixabay

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Question du public
Le cycle de vie des grenouilles

Partir d’un œuf pour arriver à une grenouille en passant par le stade de têtard est un long processus. Voyons un peu comment se produit cette métamorphose et quelles sont les étapes du cycle de vie des grenouilles.

« Comment se déroule la métamorphose des grenouilles? »

Partir d’un œuf pour arriver à une grenouille en passant par le stade de têtard est un long processus. Voyons un peu comment se produit cette métamorphose et quelles sont les étapes du cycle de vie des grenouilles. C’est une question fréquente et tu vas voir, c’est vraiment intéressant!

Les grenouilles, de la classe des amphibiens, ont un cycle complexe. Il débute dans l’eau puis émerge sur la terre. Elles font parties de l’ordre des anoures, au même titre que les rainettes et les crapauds. Elles ont un corps trapu avec des pattes arrières fortes qui leur permettent de se déplacer en sautant. Les grenouilles possèdent aussi des pieds palmés qui font d’elles des nageuses hors pair. Leur peau lisse, mince et sans écailles permet la respiration. Celle-ci doit rester humide; c’est pourquoi ces petites sauteuses sont dépendantes des milieux humides et aquatiques. Dernier élément caractéristique à savoir : leur température interne est influencée par la température extérieure, comme les tortues et les couleuvres. On dit donc qu’elles sont ectothermes.

Il y a six espèces de grenouilles qui vivent au Québec. Dispersées un peu partout dans la province, peut-être que l’une d’elles a élu domicile dans un plan d’eau près de chez toi.

La reproduction et les œufs

Dès le début du printemps, la saison des amours bat son plein. Dépendamment des espèces, la reproduction peut aussi avoir lieu pendant l’été allant jusqu’en août pour les ouaouarons. Les mâles tentent d’attirer les femelles grâce à leurs chants mélodieux. Savais-tu que comme pour les oiseaux, on peut identifier les espèces de grenouilles grâce à leur chant? Comme ceux-ci, le chant a plusieurs utilités et peut parfois servir à défendre le territoire.  

L’accouplement a lieu dans l’eau et la fécondation se fait à l’extérieur du corps. C’est la fécondation externe, un peu comme pour les poissons! Pour ce faire, le mâle grimpe sur la femelle jusqu’à ce que celle-ci ponde les œufs (cette drôle de méthode est appelée l’amplexus). En même temps que la femelle pond les œufs, le mâle relâche le sperme qui fécondera les œufs. Ils sont recouverts par une membrane gélatineuse qui gonfle avec l’eau.  

Les têtards et la métamorphose

Têtard de ouaouaron

Après l’éclosion, le têtard survit grâce aux réserves nutritives contenues dans le sac vitellin*. C’est sa réserve d’énergie! Ensuite, il commence à nager et se nourrit de matière végétale, de chair animale morte ou encore d’autres têtards. Bref, il ne fait pas trop le difficile… À ce moment, sa tête et son corps ne sont pas deux parties distinctes. C’est de là qu’il tiendrait son nom. Sa queue sert à la nage. Il respire grâce à ses branchies internes. Dans le fond, le têtard c’est le stade larvaire des amphibiens entre l’œuf et l’adulte.

Tu as surement remarqué que plusieurs des mares dans lesquelles on observe des têtards s’assèchent au cours de l’été? Ça signifie que pour les espèces qui pondent dans ce type de plan d’eau, pas le choix de compléter le cycle de développement le plus rapidement possible! Les espèces qui pondent dans des étangs ou des lacs permanents peuvent profiter d’un accès à l’eau prolongé. Les têtards des ouaouarons par exemple, peuvent prendre de deux à trois ans avant de se métamorphoser.

En parlant de transformation, ça en prend des étapes pour passer de têtard à grenouille! Voici quelques étapes qui doivent être franchies : les branchies disparaissent pour être remplacées par des poumons, les pattes apparaissent et la queue se résorbe, la bouche s’élargit et la tête se forme. Fais le test! Pendant un été, va voir plusieurs fois le même étang et tu pourras observer cette transformation de tes propres yeux!

Et puis après?

Une grenouille léopard adulte

Maintenant que les grenouilles sont bien formées, elles seront graduellement devenues des prédateurs actifs des écosystèmes de milieux humides! Elles repéreront leurs proies en détectant leurs mouvements et s’en empareront grâce à leur langue protractile. Les grenouilles se nourrissent principalement (mais pas que) d’insectes ou d’autres invertébrés.

Un élément HYPER cool des grenouilles, c’est comment elles survivent à l’hiver! Parce qu’entre l’automne et le printemps, ce n’est pas tout le monde qui peut partir se chauffer les fesses dans le sud. Elles survivent en allant profondément dans l’eau ou dans le sol. Certaines peuvent même geler comme la grenouille des bois ou les rainettes! Mais ça, on y reviendra! Aussi, il ne faut pas oublier qu’on a plusieurs espèces d’amphibiens au Québec; rainettes, grenouilles, crapauds et même les salamandres font partie de cette catégorie.  

Tu t’es surement posé une autre question depuis le début de cet article. Les œufs et les têtards étant à la merci des prédateurs et avec peu de défenses, comment survivent-ils? Les taux de mortalité sont en effet élevés, et on a même dit qu’il pouvait parfois y avoir du cannibalisme. Ouch! C’est que dans la nature, chacun a sa stratégie. Le nombre d’œufs pondus par les grenouilles est tellement élevé que même s’il y a un faible taux de survie, il en aura quand même certains qui seront assez chanceux pour devenir des adultes et se reproduire à leur tour. Si tu as envie d’en savoir plus sur les stratégies de reproduction, va voir cet article, c’est hyper intéressant!

NOTES

* Le sac vitellin est attaché aux embryons des vertébrés pondeurs. Après l’éclosion, le petit, ici le têtard, se nourrit de la substance nutritive qui est à l’intérieur. Quand le sac est vide, l’instinct de chasseur du têtard se développe et il commence à chercher sa nourriture. Tu connais ça, les sacs vitellins, tu en as peut-être déjà mangé au brunch! C’est le jaune de ton oeuf.

Par Andréanne, éducatrice-naturaliste senior et coordonnatrice des activités Charlevoix

Sources images : Cephas, Pixabay, Tom Thai, Ryan Hodnett

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